Un charpentier solaire, nu-pied dans la poudre calcaire au nord d’un désert. Un garçon vigoureux, lumière dans les cheveux, échine rouge courbée, sous le grand soleil et un ciel tiré, travaille silencieux. Les avants-bras plongés dans le cambouis, il tire, serre, soulève la mécanique complexe. Concentré, il tâche, méthodique, à force de violentes et subtiles percussions, à faire cracher le son d’entre deux énormes cymbales dorées, sphères rigides et épurées. L’homme transpire, l’instrument caprice. L’homme s’entête, patient ; il a beau cœur, pulse lent.
Doucement la chose se met à vibrer, imperceptible gémissement, l’homme est heureux. Au moment de l’éclipse, elle entame une métamorphose. Les sphères gondolent, ondulent sous les chocs, se disloquent, deviennent épais liquide, cascade cantatrice, se réunissent, révélateur explosif. La lumière passe, le son trace, l’œuvre réussit, la femme jouit.
En même temps, à l’extrémité méridionale, des enfants déments ont marché longtemps par des sentiers hantés, croisant des animaux crus. L’effroi vidé, ils se sont dévêtus, se sont accroupis au centre de la clairière du bois, la nuit.
A l’éclair de lune sur leur visage, ils se regardent, proches, au fond des yeux. Plus rien n’a peur d’eux.
La violence des copulations et des souffrances vendues, égos disciplinés par la marée d’humiliés, nous a rappelé au sens de la vie. La création est réapparut. Le sentiment nous habitait que l’unisson nous situe sans appel au dessus des pires intempéries.