Oui
Je défriche la brousse linguale
je déchiffre les codes légués
je lis j'apprends je bois
j'ai soif je rêve je perçois
je vis comme il se doit
j'avance pas à pas
(vers Toi)
je pousse
aspire moi persistant doucement
Je défriche la brousse linguale
je déchiffre les codes légués
je lis j'apprends je bois
j'ai soif je rêve je perçois
je vis comme il se doit
j'avance pas à pas
(vers Toi)
je pousse
aspire moi persistant doucement
J'ai la ferme intention d'aller pas à pas à la reconquête de mon territoire perdu.
J'ai la ferme intention de réhabiliter un à un tous mes rêves d'enfant.
vous rendre votre mauvaise conscience
intégrer mon innocence
sauvage toute-puissance
Près de l’île de Formose
Une sirène
Toute écaille et crécelles
Toute soie et toute rose
Sous l’hermine sanglante apeurée, le monarque vacille, dégénéré, sous l’effroi et sous le vice, dors la rose assidue
Sur mon sein fissuré, les lèvres sur ma peau cicatrisée, sous ma chair fendue, dors la rose assidue
Sous le vieil hiver pétrifié, ouvre le grain, rêve le fruit, sous l’ancienne mort, dors la rose assidue
Sous l’écaille
Dors la rose assidue
Sous la crécelle
Tremble la rose assidue
Elle a bu la ciguë
Un dernier chant en forme d’hypnose
Dors la rose assidue au tombeau des nécroses.
Je veux une grande robe d’un début clair de crépuscule d’hiver bleu tendre au revers orange
Ma couleur est verte et lointaine
celle où je dansais enfant
mont désert et seul
affranchi de la charge du temps.
C'est l'espace ouvert
le plein pénétrant
l'innocence monochrome-
les symphonies de fleurs-
le jeu un accent
sur l'angle saillant du présent.
L'être éclatant
de toute sa candeur
comme preuve.
Contenez moi que je ne me brise
Contenez moi fort, étroit
Empêchez moi que je ne vole en éclats
Tracez moi des limites, chaudes, aimantes,
Encerclez moi
Ensevelissez moi
Chantez moi la berceuse amoureuse du monde
Couchez moi sous le sable tendre
Il me faut sentir La présence
Dorlotez moi
Enlacez moi
Jurez moi que la mort n’existe pas
Que je ne vais pas m’éparpiller aux seize coins d’un néant affreux
Veillez sur moi
Enroulez moi
Retenez moi
Qui est là
Qui d’autre que moi ?
Je veux y aller. Un matin. Au grand jour. Le silence grand ouvert.
Je vais y entrer, clairvoyante. Il fera froid et beau. Je frissonnerais sans doute un peu. J’entrerais lentement, comme on entre dans l’ordre et l’abrupt d’un lac en altitude.
Je veux le passage cool et profond.
J’avancerais relevée droite, souple encore juste avant le saisissement.
J’avancerais doucement, en savourant chaque pas contre le sol, les dernières respirations, le dernier photon, la dernière incantation.
J’écouterais et j’aiderais mon corps à se briser, la peau déchirée, les os fracturés, délicatement.
Le dernier souffle, le souvenir du sang dans ma bouche, une larme extatique et nostalgique en même temps.
Peut-être un dernier hurlement.
La dernière prière.
L’ultime séparation.
Et le retour, enfin, à la délivrance.
Sur cette aube printanière
Par l’ample chemin soyeux
Au milieu des sapins déployés
Courir
La pression du vent
L’odeur des fleurs
La forme des couleurs
Au profond de la nature originelle, sacrée, se couler
Douceur du berceau, ivre
Nostalgie de l’enfance
Le retour des oiseaux
Désir violent de légère souveraineté, d’insouciance grave, d’envol pénétré
Et la tentative désespérée d’échapper à mon ombre,
collée.
Un charpentier solaire, nu-pied dans la poudre calcaire au nord d’un désert. Un garçon vigoureux, lumière dans les cheveux, échine rouge courbée, sous le grand soleil et un ciel tiré, travaille silencieux. Les avants-bras plongés dans le cambouis, il tire, serre, soulève la mécanique complexe. Concentré, il tâche, méthodique, à force de violentes et subtiles percussions, à faire cracher le son d’entre deux énormes cymbales dorées, sphères rigides et épurées. L’homme transpire, l’instrument caprice. L’homme s’entête, patient ; il a beau cœur, pulse lent.
Doucement la chose se met à vibrer, imperceptible gémissement, l’homme est heureux. Au moment de l’éclipse, elle entame une métamorphose. Les sphères gondolent, ondulent sous les chocs, se disloquent, deviennent épais liquide, cascade cantatrice, se réunissent, révélateur explosif. La lumière passe, le son trace, l’œuvre réussit, la femme jouit.
En même temps, à l’extrémité méridionale, des enfants déments ont marché longtemps par des sentiers hantés, croisant des animaux crus. L’effroi vidé, ils se sont dévêtus, se sont accroupis au centre de la clairière du bois, la nuit.
A l’éclair de lune sur leur visage, ils se regardent, proches, au fond des yeux. Plus rien n’a peur d’eux.
La violence des copulations et des souffrances vendues, égos disciplinés par la marée d’humiliés, nous a rappelé au sens de la vie. La création est réapparut. Le sentiment nous habitait que l’unisson nous situe sans appel au dessus des pires intempéries.
Cette nuit j'ai rêvé. Que j'allais faire des photos en pellicule. Noir et blanc.
A la magie de l'empreinte des reliefs de la lumière entrant par l'objectif dans le boîtier étanche sur le film noir. A l'image latente, à la révélation, aux cristaux d'argent.
Toutes ces images dans mon cerveau, les paupières closes.
Il n'y a rien à dire les amis, rien à expliquer, rien à justifier, aucune cause, aucune finalité, aucun but, aucune idée, aucune théorie. Il n'y a ni bandeau, banderole, aucun concept, pas de message. Il n' y a rien d'autre que cet instant pourri ou grand, ça dépend. Il n'y a rien de calculé, rien de voulu, aucun projet, aucun élan, aucun mouvement sauf celui de l'aiguille des secondes. Aucun désir sinon celui d'être autrement. Autrement que celle que je suis involontairement, hasardeusement. Et pourtant telle est la réalité, infaillible, concrète. Réalité, concrétude que je vénère. Une seule chose à dire : merde.
Sur la tête mes cheveux ramassés en nid de pensées sombre et emmelé.
Ainsi, dos et nuque découverts aux ombres malveillantes
dragon
dame blanche
cancer
vipère
chauve-souris
borgne
dindon
sangsue
affres de ma folie.
Vacance Andalouse au cœur de l'hiver gris-vert, longue plage éternelle.
Contemple !
La mer glauque, ses remous, ses baves d'iodes et d'algues.
Dégoût.
La neige en foule sur cet hiver équilatéral, plage beige, eau verte, ciel grès.
Evanouissement du temps complet et arrêté par Ordre.
Eclosion d'un assortiment de masques, toisons de crêpe dressées, bruns profonds, canines enflées, oeil fouillant.
Kidnapping.
A bord de la calèche, chevaux fumants, roule boléro éternellement. Ciel, vers toi toujours insouciant.
A nos trousses les volutes brodées en poussière et sable blanc, la neige en foule hurlante.
Les bêtes hennissent, s'ébrouent ; un grand boucan, sabots, queues battantes !
Quelles affreuses têtes, quels cerveaux méchants, et ça pille et ça vole et ça force. Au beau milieu du char, un instrument, une viole de gambe, joué par la mère putride et défiante.
L'Heure est forte, dangereusement belle, le vitrail est brûlant, dominante de sang, transparaissent les rayons pâles, l'hiver maussade pastellement.
Qu'ils m'abîmèrent, qu'ils me firent perdre du grade, comme je vieillis jusqu'à la compréhension du baptême. Un verre de leur eau de vie : convulsions, vomissements, flambée de l'iris, pupille en dilatement. Corps déchu sur le plancher grondant. Enfin je devins pour tous la petite maîtresse candide et cruelle, jouant du fouet, ricanant, lourds froufrous en soie, boucles au vent; ces toqués, tous mes chiens aimants.
S’en aller à cette violence, dévalement de l’arc argileux, passer fleuves mers océans, orgie de lumières ombres vents ! Ors chairs rêves, boléro diablement !
Mademoiselle porte un grand chapeau noir, protège la lumière de ses petits yeux bleus sous un chapeau d’homme.
Mademoiselle a un gros caractère et un corps de poupée ; une âme conquérante, une nature très émouvante; montre courage; pudique fragilité.
Mademoiselle parle bien, comme une grande dame cultivée.
Mademoiselle semble à l’aise, se détend.
Mademoiselle rie beaucoup et c’est très gai.
Mademoiselle prend des poses, charmeuses ; je me demande qui elle est, qui elle cache.
Mademoiselle est parfumée, délicieux.
Mademoiselle boit du vin, est polie, très gentille.
Mademoiselle est claire, comique, et, très sensible.
Mademoiselle porte les cheveux courts, étudie, est jolie.
Mademoiselle prononce souvent le mot « redondant » en grimaçant légèrement.
Mademoiselle écrit, Mademoiselle dessine, Mademoiselle voyage.
Mademoiselle court le temps, elle vit à folle allure.
Mademoiselle rêve d’un grand jeune homme bouleversant.
Mademoiselle est petite, Mademoiselle est grande.
Drôle de Mademoiselle que j’aime bien.
Froncé, le tapis roulant de la vie.
La roue tourne, danse la réalité.
C'est drôle, ces évènements imprévus constamment, permanente impermanence.
Croisée, une poule ronde, crête rouge, plumage argenté;
tombée sur le flanc, renversée sur le bas côté.
J'entends ta voix, sens tes pensées s'infiltrer sous ma peau,
l'intrusion du corps étranger me fait frissonner.
En sortant de la promenade au bois jaune, une odeur toxique dans l'air m'avertit.
J'ai un mauvais pressentiment.
Je te sais claquer des dents, décroiser les doigts.
J'ai un bateau à prendre.
Je ne t'emmène pas.
D'ailleurs, où es tu, tu ne te montres pas.
Voici le navire. Sur le pont, voilà ceux qui m'attendent.
J'y vais. Le dernier mot que je te dirai se forme maintenant : Adieu
Oh la mer sépare, porte et emmène ! Oh ! Ah ! La nouvelle contrée qui enfle l'horizon !
Le soleil est de toute beauté.
Rouler son univers malade mais chéri, s'essouffler à pousser cette masse énorme et susceptible, couinante, hurlante, pleurnicheuse, sans savoir la direction.
Aller à la catastrophe, évidemment.
Ne pas s'arrêter, pris par la force d'inertie, mener l'acte à son accomplissement.
Tenir.
Les muscles bandés, le souffle retenu. Aller obstinée.
Le monde va trop vite est trop lourd, il ne peut plus s'arrêter.
Connaître les conséquences par géniale intuition.
Continuer.
Pour voir. Après. Ce qui est, réellement.
Le sol est dur, blanc, caillouteux.
A un moment donné, atteindre par surprise le bord de la falaise, et l'immense globe qui chute, chut…
L'accident est fracassant mais s'opère avec la grâce du silence.
Ce qui est apparaît.
L'azur se confond avec l'océan.
Cela est terrifiant et d'une beauté encore jamais éprouvée jusqu'ici.
La main du vide m'étrangle et me retient suspendue au dessus du rien, je regarde le spectacle de la destruction.
Je suis passive désolation et fascination.
Je devine plus que je ne sais : je t'aime.
Je n'enfermerais plus jamais mon âme dans un savoir.
Le blanc ne signifie pas la pureté c'est la mort.
Les prêtres marient les femmes en blanc car c'est le jour de leur mort.
La jolie robe s'est colorée, de blanc néant est devenue noir profond.
Ce n'est pas du sang qui s'étale entre les jambes ce sont des roses rouges re-nées.
Jolie mariée, veuve d'un amour délavé gisant aux pieds.
Fidèle pour l'éternité
à sa nouvelle virginité.
Noire terre labourée.
Fidèle pour l'éternité,
le noir c'est l'inconnu,
à l'infinie fécondité.
Ne confondez pas les larmes dans ses yeux, ce sont les étoiles égrenées.
Elle est incrédule ça y est, dansez! mirages édulcorés.
Le poids de l'homme sur elle ne sera plus qu'éphémère,
les sermons, les bijoux déclarés, les têtes jumelles sur l'oreiller sont les verroux de l'entendement de l'amour vrai dont elle a bien trop tardé à se libérer; c'est fait, belle âme émancipée.
Ne vous méprenez pas en la jugeant amère, ne prenez pas pitié de la jeune femme endeuillée, elle demeure dans le déploiement de l'été.
Un grand pré vert et trempé,
je respire
l'odeur naturelle
des vaches,
que j'aime.
Je pense à celle
des pisses de chiennes,
capiteuse.
La glace me gifle sainement.
J'ai besoin de me nourrir, imposer mon cœur sur les
mains, aimer de compassion.
La passion, quel mot épuisant,
je m'attache sur l'heure à muscler mon cœur.
Le soleil passer
le ciel descendre
la terre rouler et fermer les yeux
l’horizon devenir tout rose.
Un cri
un poème à venir
(et moi j’arrive).